Pourquoi je peins - Une confession d'artiste
Il y a des questions qui semblent simples en surface, mais qui, lorsqu'on les creuse, révèlent des abîmes de complexité. "Pourquoi peins-tu ?" en fait partie. Cette question, je l'ai entendue des centaines de fois, et j'y ai répondu de mille façons différentes.
Dans les interviews, ma réponse est souvent policée, construite, presque académique. Je parle d'influences artistiques, de technique, d'évolution personnelle. J'évoque mon parcours, mes expositions. C'est la version publique, celle qui rassure, qui légitime.
Lors des vernissages ou des soirées entre amis, ma réponse se fait plus légère, plus accessible. J'évoque une passion d'enfance, un prof de dessin inspirant, un déclic particulier. C'est la version sociale, celle qui crée des ponts, qui invite à la conversation.
Mais la vérité ? La vraie vérité ?
Je peins parce que c'est ce que je sais faire. C'est une évidence si profondément ancrée en moi qu'elle en devient presque physique. Comme respirer, comme marcher. Ce n'est pas une question de talent ou de choix - c'est une nécessité viscérale.
Je peins parce que c'est là que je me sens vivante. Pas cette vie en demi-teinte que nous menons parfois, pris dans le tourbillon du quotidien. Non, je parle de cette vie intense, vibrante, où chaque instant compte double. Dans mon atelier, face à ma toile, le temps prend une autre dimension. Les heures s'écoulent comme des minutes, ou s'étirent à l'infini. C'est un espace hors du temps où tout devient possible.
Je peins parce que c'est mon chemin de retour vers moi-même. Dans un monde qui nous tire constamment vers l'extérieur, qui nous disperse, qui nous fragmente, la peinture est mon ancre. C'est mon moment de vérité, là où les masques tombent, où les apparences s'effacent.
Certains méditent, d'autres courent des marathons, d'autres encore écrivent des journaux intimes. Moi, je peins. C'est ma façon de faire sens du chaos, de digérer les joies et les peines, de transformer le quotidien en quelque chose de plus grand que lui-même.
La peinture n'est pas qu'un acte créatif - c'est un acte de foi. Foi en la capacité de l'art à transcender l'ordinaire. Foi en la possibilité de créer de la beauté même dans les moments sombres. Foi en ce dialogue silencieux entre l'artiste et sa toile, qui parfois devient une conversation avec l'univers tout entier.
Je peins parce que chaque toile est une nouvelle chance de comprendre, d'explorer, de grandir. Chaque geste est une question, chaque couleur une possibilité, chaque composition un nouveau territoire à découvrir.
Je peins parce que ne pas peindre serait comme arrêter de respirer. Ce serait renoncer à cette partie de moi qui vibre, qui rêve, qui espère. Ce serait accepter une vie en noir et blanc quand je sais que le monde est fait d'une infinité de nuances.
Je peins parce que c'est ma façon d'être au monde. Ma façon d'être vraie. Ma façon d'être entière.
C'est aussi simple et aussi compliqué que ça.
Et vous, quelle est votre vérité créative ? Quel est ce geste, cette passion, cette nécessité qui vous rend plus vivant, plus vrai, plus vous-même ?